Sculpteur en art sacré aujourd’hui

Stéphane Morit, être artiste sculpteur en art sacré Aujourd’hui.

Retour SommaireMétier de sculpteur en art sacré

Comme l’évoque le titre, mon métier a plusieurs aspect :

  • celui d’artiste,
  • de sculpteur,
  • et une dimension particulière qui est celle du sacré.

Ces différents aspects correspondent à des réalités, des connaissances et savoir faire distincts et propre à chacun, mais dans le cas de mon activité, elles se conjuguent ensemble pour n’en former qu’une.

Pour être encore plus précis dans l’intitulé de mon métier, je rajouterai encore un mot, celui de : liturgique. Car les œuvres que je produits sont destinées à une finalité bien précise qui est celle de l’expression de la foi d’une église, qui est l’église catholique.

Retour SommaireUn métier ancien

Le métier de sculpteur, et plus précisément de sculpteur en art sacré remonte très loin dans l’histoire.

En 1922, René de Saint-Périer découvre dans la grotte des Rideaux en Haute-Garonne une statuette nommée : Vénus de Lespugue. Datée d’environ 23 000 Ans avant notre ère, cette statuette fut taillée dans de l’ivoire de mammouth.

Nous avons d’autres exemples de statuette ou bas-relief taillé dans du calcaire, ou modelé dans l’argile, et daté de la même période.

Ces objets représentants des humains ou des animaux, témoignent que l’homme à cette époque avait déjà le sens artistique des formes, des volumes.

Ces objets leur servaient à des échanges, des cadeaux, et sûrement à des pratiques et rites liés à leur croyances, cela nous révèle donc qu’ils leur donnaient un sens, et entre-autre, celui du sacré.

Retour SommaireInscrit dans la matière

Dans la suite de l’histoire jusqu’à nos jours, chaque civilisation saura faire évoluer la technique de la sculpture.

Selon les cultures, les matériaux disponibles à chacun, le talent des artistes, les formes et les volumes seront toujours pour l’homme un moyen d’exprimer ce en quoi il croit, d’une façon durable : de l’inscrire dans la matière.

Retour SommaireHéritier d’une tradition

Porte de tabernacle (Dominique Kaeppelin)Par mon métier, je suis conscient de me situer dans cette lignée d’artiste, de tailleur d’image.

Aujourd’hui, le métier d’artiste est un peu à l’image de notre monde actuel : chacun a le droit de faire ce qu’il veut, quand il veut.

Cela reste un choix pour l’artiste de s’inscrire dans une tradition ou non. Et si on en fait le choix, cela n’en n’est certes pas le plus facile.

En ce qui me concerne, j’ai eu la chance de pouvoir être formé par un sculpteur en art sacré : Dominique Kaeppelin qui, m’ayant embauché à son service pendant plus de dix ans, a su me transmettre aussi ce qu’il avait reçu de son père qui, lui encore avait reçu d’un autre grand sculpteur que fut Henry Charlier.

Cette transmission du savoir, est la clef et l’assurance que ce que l’on fait va s’inscrire dans le temps, car il est le fruit de nombreuses expériences d’autre que soi.

Retable à Paris (Dominique Kaeppelin)

Pélerins (Dominique Kaeppelin)

Retour SommaireUn long apprentissage

Plusieurs aspects sont à considérer dans l’apprentissage de ce métier :

  • L’aspect du savoir faire, de la technique,
  • L’aspect du sens, c’est-à-dire le pourquoi de l’existence d’une œuvre.
  • L’aspect de la dimension créatrice
  • La beauté au service de l’art
  • Le sens d’une œuvre sacré

Retour SommaireAspect technique et matériel

Pour la réalisation d’une œuvre sculpturale, on doit passer nécessairement par la matière.

Celle-ci nécessite, une connaissance des matériaux et des techniques appropriés pour les transformer.

La connaissance des matériaux demande à l’artiste une vigilance accrue, car même s’il on peut en connaître assez facilement leur généralité, ils se révèlent aussi souvent plus complexe qu’on ne le croit.

Tous les matériaux ont leur spécificité et ont une réalité propre à chacun, autant dans le domaine de la matière elle-même, que dans leur aspect esthétique.

Lors de la réalisation d’une œuvre, on va souvent utiliser plusieurs matériaux différents pour les combiner ensemble, et ceci n’est pas forcément évident : il faut pour ainsi dire entrer dans l’intelligence des matériaux, savoir les regarder, être à leur écoute, les respecter dans leur nature, voir s’ils veulent et peuvent s’assembler avec d’autres. S’ils vont être également contraints par le climat, ou leur disposition finale.

La technique pour transformer et assembler ces divers matériaux est plus ou moins complexe. Certaines vont s’apprendre dans les livres, d’autres nécessitent une formation et un savoir faire transmis par un autre. D’autre encore, devront s’inventer, car la réalisation de tel travail sera unique en son genre et n’aura jamais été expérimenté.

Avec les nouveaux matériaux modernes, de nouvelles techniques seront aussi à inventer et à expérimenter ; cela peut être stimulant pour l’artiste que d’utiliser les matériaux modernes, car ils ont une réalité et esthétique particulière, mais l’épreuve du temps, qui, n’ayant pas fait son œuvre, peut parfois révéler de bien mauvaises surprises et cela demeure un risque pour l’œuvre et l’artiste.

De bonnes questions sont à se poser avant chaque réalisation d’une œuvre :

  • Quel matériau répondra le mieux à tel œuvre, par rapport à sa fonction, son utilité, son aspect,…
  • Quel procédé et étape à respecter,
  • Quel tour de main à inventer faudra-t-il user pour tel assemblage délicat,

Chaque œuvre est unique, et reste une aventure, une histoire ; ne serait-ce déjà dans cet aspect matériel et technique.

Ceci requiert pour l’artiste une disposition tenace et motivée pour pouvoir aller jusqu’au bout du travail.

Au début du métier, il est bon d’avoir un maître qui soit là pour donner la direction et ne pas oublier l’objectif à atteindre.

L’aspect matériel et technique de ce métier est donc certes nécessaire, car sans eux, nous ne pouvons rien faire. Mais cela n’est pas tout, la matière et la technique sont des instruments pour une réalisation qui aura un sens à nos yeux et à notre esprit ; qu’ils soient utilitaire ou autre.

Retour SommaireAspect du sens

Le principe de sens est un élément capital pour ce métier.

Le sens donne à l’œuvre un caractère qu’il lui sera unique. Sans lui, nous ne sommes que des machines à reproduire ce que nous voyons ; ce n’est pas là la mission de l’artiste, et encore moins celui de l’artiste en art sacré.

Cet apprentissage du sens que l’on donne à une œuvre est lié à plusieurs éléments, entre-autre à des éléments bien concrets tel que :

  • L’œuvre est une commande spécifique d’une personne ou groupe de personnes qui a une demande particulière.
  • L’œuvre est une réalisation personnelle, œuvre d’étude, d’exposition ou autre.
  • Cette œuvre aura un thème choisi ou imposé.
  • Elle se situera dans un espace, un volume particulier.

Retour SommaireAspect de la dimension créatrice

L’autre aspect important de ce métier, est celui de l’acte de créer.

Il est avant tout important de signaler ici, que le terme de créateur pour un artiste n’est pas forcément un bon terme ; il vaudrait mieux parler de co-créateur, car le créateur est celui qui fait quelque chose à partir de rien, alors que tout artiste crée à partir de matière, de mots, de sons ou autre.

Chaque homme à une capacité créatrice, étant lui-même le fruit d’une création. Cette dimension innée à l’homme, reste pour lui comme un sceau reçu dés sa conception. C’est entre-autre ce qui va le différencier des autres créatures.

Pour le croyant, l’homme est crée à l’image de Dieu, l’homme sera donc doué de l’acte de créer, ou plutôt, sera par lui-même co-créateur.

Tout le monde cependant, ne se sent pas artiste ; libre à chacun de développer cet aspect de sa personne.

Même si certains on de grand talents, développent rapidement et sans peines leur créativité, il reste cependant sûr que pour la plupart des artistes, savoir créer (ou co-créer) demande un dur et souvent éprouvant labeur.

La création est une dimension qui n’est pas régit par les mêmes lois que pour la plus part des autres activités humaine. Il y a des éléments dans la création, dans le fait de créer, qui n’est pas mesurable, pas prévisible ; ceci pouvant être d’ailleurs une très grande difficulté à vivre pour l’artiste par rapport aux autres activités, et par rapport aux modes de fonctionnement de notre monde contemporain.

Aujourd’hui, pour être artiste et vivre de son art, surtout si l’on a une vie de famille ; il faut apprendre à savoir gérer et combiner harmonieusement des dimensions de la vie très différentes et parfois contradictoires.

Dans l’apprentissage de l’acte de créer, l’intervention d’un professeur, d’un maître, est là encore très important :

  • Apprendre à regarder,
  • rechercher l’harmonie d’une forme ou d’un volume,
  • savoir adapter ce que l’on fait avec ce que d’autre on déjà fait ;

voilà ici entre-autre certains éléments essentiels que nous transmettent nos maîtres.

Par la suite, l’artiste trouvera par lui-même, sa propre technique, son propre savoir faire lié à ce qu’il est, à ce qu’il y a de plus profond en lui. Ce qui produira son propre style et son unicité.

Retour SommaireLa beauté au service de l’art

La caractéristique de la beauté est souvent liée à l’art ou à un aspect naturel de ce qui nous entoure. Chacun l’apprécie différemment selon sa personnalité, et en même temps elle semble être un langage reconnu par tous.

Savoir reconnaître la beauté, savoir discerner ce qui est beau de ce qui ne l’est pas, passe aussi par un apprentissage, une éducation.

Comprendre et faire l’expérience que la beauté n’est pas une histoire de goût personnel, mais qu’elle est reliée à une réalité entre terrestre et céleste, entre matière et spirituel.

Cette éducation au beau demande une disposition d’ouverture et de détachement personnel, sans quoi nous restons rivés sur notre point de vue et nous empêche d’évoluer.

La beauté reste un choix pour l’artiste, cela dépend de ce qu’il porte en lui-même.

Pour ma part, je ne peux dissocier une œuvre d’art de la beauté ; si l’œuvre est belle, si elle parle autrement que par des mots, si elle chante, si elle danse, si elle m’émeut, si elle me parle de moi-même et de l’éternité, alors l’œuvre reste fidèle à sa mission première.

La beauté ne nous replie pas sur nous même ; elle nous renvoie à nous même, mais d’une façon transfigurée, elle est l’expression d’une espérance inscrite et souvent cachée au fond du cœur de l’homme ; elle attire l’homme toujours vers le haut, lui montrant des chemins nouveaux.

Retour SommaireLe sens sacré de l’œuvre : révélation d’une Présence.

Toutes les dimensions de mon métier d’artiste en art sacré :

  • L’aspect du savoir faire, de la technique,
  • l’aspect du sens d’une œuvre,
  • de la dimension créatrice
  • et l’importance de la beauté dans l’art,

toutes ces dimensions essentielles à la pratique de ce métier, sont déjà par elles-mêmes des aspects très enrichissants et féconds pour un épanouissement personnel.

Il n’en reste que, comme à l’image de la technique qui est là pour donner naissance à un objet utile, toutes ces dimensions se conjuguent en vue d’un seul objectif : révéler une Présence, voulant établir un lien avec l’Au-delà, favoriser un dialogue, une relation d’avec Celui qui s’élève au-dessus de nos pensées, qui nous est impalpable et invisible ; elle nous montre une direction, elle nous éduque à se re-poser, à s’arrêter, à ré-ouvrir les yeux et les oreilles pour un moment, elle nous propose de vivre une expérience entre notre moi profond et l’infini de l’Au-delà.

Une œuvre d’art sacré ne peut pas représenter Dieu ; Elle n’en sera qu’une image imparfaite et lointaine, elle ne peut être qu’un reflet de sa grandeur et beauté infinie. Mais ce seul reflet est parfois suffisant à l’homme qui recherche des réponses aux questions de son existence.

Certaines dispositions intimes et personnelles sont de mise pour être artiste en art sacré. Il faut avoir le goût de la recherche, autant spirituelle que matérielle ; dans ce sens, ce métier est plus qu’un métier, on pourrait parler davantage de vocation, car cette activité n’intervient pas seulement dans un cadre délimité du temps ou de l’espace, elle demande tout à la personne ; tout son temps et toutes ses facultés ; elle est, au-delà d’un savoir faire, un savoir être !

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